Cyrénaïque

Groupe d’anciens hédonistes grecs des IIIe et fourth siècles av.j.-c., ainsi nommé parce que Cyrène était la ville natale des principales personnalités. Les témoignages fiables de l’antiquité sont rares; les principales sources sont Xénophon, Aristote, Plutarque, Eusèbe, et surtout Cicéron, Diogène Laertius et Sextus Empiricus. Les Cyrénaïques représentaient une tendance (αρρεσις) plutôt qu’une école (σχολή).

Aristippe l’Ancien. L’initiateur du mouvement était Aristippe l’Ancien dont la notion centrale était que le plaisir est le summum bonum (voir hédonisme). Né à Cyrène vers 435 av.j.-c., il arriva à Athènes vers 416 et devint un proche disciple de socrate. Platon rapporte qu’il était absent d’Athènes en 399 à la mort de Socrate (Phédon 59C). Il semble avoir enseigné la doctrine socratique unique selon laquelle le bonheur est la fin de la vie éthique. Bien qu’Aristote l’appelle un sophiste (Méta. 996a 33), il n’était pas un disciple de Protagoras ou d’autres sophistes. L’Antiquité lui attribue une longue liste d’œuvres, dont aucune n’existe encore.

Aristippe le Jeune. Fils d’Arétée, la fille d’Aristippe l’Aîné, par qui il fut instruit dans l’hédonisme, Aristippe le Jeune était connu à ce titre sous le nom de Μητροδίδακτος (enseigné par la Mère). Le jeune Aristippe a développé et élargi les principes directeurs du mouvement cyrénaïque, bien que beaucoup de ses élaborations aient été attribuées à l’homme plus âgé. Il est probable qu’il ait été influencé par Pyrrho dans sa conception sceptique de la connaissance (voir pyrrhonisme).

Doctrines. L’enseignement cyrénaïque est en fait un hédonisme simple intégré à un phénoménalisme sceptique approfondi. La philosophie a été conçue comme un mode de vie plutôt qu’une entreprise scientifique; par conséquent, la philosophie de la nature et la logique ont été délibérément négligées. Les Cyrénaïques n’ont utilisé qu’un minimum de théorie pour rationaliser leur position.

Connaissances. L’hypothèse de base est que l’individu ne connaît que ses propres sensations, qui découlent en quelque sorte de choses en elles-mêmes qui ne sont pas connues. Quand on a la sensation de doux ou de blanc, on ne sait pas si l’objet est doux ou blanc. Ses sentiments sont infaillibles, cependant, et donc tout ce qu’il perçoit est vrai pour lui. Il n’y a pas deux percepteurs qui ont les mêmes sensations, de sorte qu’il n’y a pas de connaissances communes à différents connaisseurs. S’il est vrai que les hommes utilisent des mots en commun, les termes n’ont pas de référent commun. De ce point de vue, une véritable communication semble impossible. Sextus Empiricus a soigneusement distingué cette théorie de la connaissance de celle des sceptiques, tout en admettant une forte similitude entre eux.

Éthique. La morale cyrénaïque n’est une éthique que dans le sens où elle traite des conceptions du bien et du mal; elle manque de reconnaissance de l’obligation et du devoir. Le principe de base est que la fin (τέλος) de la vie et de l’action est le plaisir (δδονή), c’est-à-dire le plaisir du moment présent (μονοχρόνος ἡδονή) et non la somme de ceux d’une vie (εδαιμονία). En conséquence, les actions sont jugées bonnes ou mauvaises, ou indifférentes, dans la mesure où elles procurent du plaisir ou causent de la douleur, ou n’apportent ni plaisir ni douleur. Les plaisirs corporels sont plus intenses que ceux de l’esprit. Cependant, le sage fera toujours preuve de prudence (φρόνησις) dans l’évaluation des conséquences des actions afin de ressentir les effets les plus souhaitables. Il faut rester maître de lui-même tout en cherchant le maximum de plaisir. Il devrait posséder les plaisirs et non eux lui.

Développements ultérieurs. Les sources anciennes discutent d’autres personnalités du troisième siècle av.j.-c. indifféremment comme des Cyrénaïques, même si elles ont introduit des innovations distinctives et ont eu leurs propres disciples. Théodore l’Athée plaçait le vrai plaisir dans le contentement plutôt que dans la gratification actuelle. Un homme sage accomplirait des actions religieusement et socialement inacceptables si les circonstances les rendaient appropriées. Il a souligné l’indépendance de l’homme et a nié l’existence des dieux. Hégésias considérait les actes individuels de plaisir indifférents, et le τέλος comme négatif, à savoir l’absence de douleur (ππονία). Si le suicide était un moyen à cette fin, il le recommandait ; ainsi il fut nommé Πεισι Θάνατος (persuadeur de mort) par les doxographes. Anniceris a restauré les conceptions primitives de la Cyrénaïque situant le plaisir dans des sentiments momentanés, mais il a également préconisé une conscience sociale pour l’homme sage. L’Antiquité a indistinctement fusionné ses doctrines avec celles des deux Aristippes.

Influence. La Cyrénaïque a eu une influence de courte durée dans la Grèce antique. À la fin du troisième siècle avant j.-c., ils ont été supplantés par les hédonistes épicuriens plus puissants qui ont subsumé, si possible, les vues cyrénaïques sous les leurs. épicure lui-même semble avoir été influencé par eux, et il y a probablement eu des controverses entre Anniceris et les Épicuriens.

Voir Aussi: épicurisme; scepticisme; philosophie grecque.

Bibliographie: f.c. copleston, Histoire de la philosophie (Westminster, Maryland 1946 –) v. 1. j. owens, Une histoire de la Philosophie occidentale ancienne (New York, 1959). g. giannantoni, I Cirenaici (Florence 1958). aristippus, Aristippi et Cyrenaicorum fragmenta, éd. e. mannebach (Leyde, 1961).

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